Gestion des Émotions

Que serait la vie sans… les émotions qu’elle procure ? Elles apportent une évidente coloration à nos expériences : plus l’émotion qui les accompagne est forte, plus la trace qu’elles laissent en nous sera durable. Nous avons tous le souvenir de moments de quasi euphorie (une grande réussite, un transport amoureux) autant que de situations nous ayant causé une vive détresse (une perte importante ou un échec cuisant). En raison de leur intensité, les émotions peuvent sembler quelquefois difficiles à gérer : elles nous emportent, tel un torrent impétueux, non sans obscurcir notre jugement ou déclencher des comportements qu’il nous arrive de regretter.

Cela suffit à nous rappeler l’intérêt qu’il y aurait à apprendre à gérer nos émotions.

 

Il est bon de rappeler, avant toute chose, qu’une émotion n’est ni bonne ni mauvaise : c’est à tort, me semble-t-il, que l’on parle d’émotion négative. Si je peux ressentir de la peur, de la colère ou de la tristesse – pour ne citer que celles-là – c’est qu’elles ont un rôle à jouer dans le fonctionnement de mon psychisme humain. Elles sont à la fois signal et appel, ce qui leur confère une fonction adaptative. Ainsi par exemple, de la peur : si j’éprouve une peur violente en cet instant précis, c’est sans doute que je perçois une menace, un danger imminent (peu importe qu’il soit réel ou fictif, d’ailleurs). En ce sens, la peur m’avertit – elle est alors signal !  – et me dit : attention, il y a là un danger ; elle se fait aussi appel quand elle m’invite à me protéger (de cet énorme chien qui fonce vers moi en aboyant ou de cette voiture qui roule en trombe dans ma direction).

Il en va de même pour la colère : cette émotion qui embarrasse tant de monde a pourtant un rôle essentiel ; de quoi nous parle-t-elle sinon d’une situation qui contrevient à nos attentes (en raison, très souvent, du comportement d’autrui jugé inadmissible) ? Elle nous invite donc à mettre une limite, à dire « non » à l’agression. Elle joue alors un rôle salutaire dans la protection de notre intégrité, qu’elle soit physique, morale, affective ou autre. On le voit, cette émotion, bien que désagréable à vivre, exerce en réalité une fonction éminemment positive. Ce qui nous fait problème, à vrai dire, ce n’est pas l’émotion en tant que telle (que je ne peux d’ailleurs pas faire le choix de ressentir ou non car, une fois encore, elle fait partie intégrante du fonctionnement de mon psychisme) mais bien plutôt ce qu’un accès de colère risque de déclencher chez moi : la perte de contrôle de mes réactions avec des comportements peut-être violents, verbalement ou physiquement. Ce n’est donc pas l’émotion qui est en cause mais bien ma réaction à celle-ci ! La sagesse populaire ne s’y trompe d’ailleurs pas : que dit-on d’un homme très en colère sinon qu’il est « hors de lui » ? Cela dit bien ce que ça veut dire : il ne se tient plus en main, il est « sorti de ses gonds » ; il a quitté son axe, pourrait-on dire.

Evoquons enfin la tristesse : elle vient toujours signer une perte (d’un être cher, d’un projet, d’un espoir contrarié) ; elle nous invite alors à faire notre deuil, à pleurer cette perte. Viendra ensuite le temps du  lâcher-prise à l’égard de ce qui nous tenait tant à cœur afin de permettre à la vie de reprendre ses droits, une fois la blessure cicatrisée.

Ces différents exemples nous renseignent sur plusieurs choses importantes : si l’émotion joue un rôle de signal ou d’avertisseur, elle n’a plus lieu d’être, une fois le signal perçu ! Il en va de même avec votre portable, n’est-ce pas ? Il sonne pour vous avertir que quelqu’un veut vous joindre mais la sonnerie cesse dès que vous avez décroché. Pourquoi n’en va-t-il pas de même avec nos émotions ? Tout simplement parce que nous les alimentons, en ressassant, en ruminant, en nous « prenant la tête ». Certains font même de l’ « auto-allumage » en se créant des scénarios mentaux qui génèrent des états émotionnels fort désagréables et ce, en l’absence de tout stimulus extérieur ! Pour éviter de tomber dans de tels excès, veillons à éviter deux écueils fréquents : le premier consiste à être dans le déni de l’émotion qui nous envahit et même à la réprimer. On s’inflige de la sorte une extrême violence qui ne manquera d’ailleurs pas de se manifester de multiples façons dont le corps physique portera souvent les stigmates : maux de tête, de dos, eczéma, insomnies, problèmes digestifs… tant il est vrai que ce qui n’est pas mis en mots, le corps se charge de l’exprimer en « maux » ! L’autre écueil est tout aussi préjudiciable et consiste à laisser l’émotion nous envahir au point de nous dominer : et l’on sait les ravages – les drames irrémédiables, parfois ! – qu’un accès de colère a pu provoquer.

Entre ces deux écueils, il reste une voie médiane : ligne de crête entre deux versants, elle consiste à rester en relation avec l’émotion. Ne pas la réprimer, ne pas s’identifier à elle mais la reconnaître et la nommer, la recevoir comme signal et comprendre l’invitation qu’elle nous envoie.

Il s’agit là d’un exercice au long cours, certes. Mais il en va souvent ainsi en matière de développement personnel : il est manifeste d’ailleurs, qu’on ne fait pas pousser plus vite une plante en tirant sur les feuilles ! Et toute forme de volontarisme ou de moralisme en ces matières est vouée à l’échec. Apprenons dès lors à apprivoiser ces belles énergies que sont nos émotions afin de nous en faire des alliées sur notre chemin de vie.

 

Philippe BALLAUX

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